Extraits de biographies

 

Je quittai le cycle secondaire à 14 ans et j’allai trois ans à l’école ménagère de Chatillon-sur-Seine. Elle était tenue par des sœurs. L’éducation y était très stricte mais je m’y plu assez. L’institution étant relativement éloignée de chez mes parents, j’y étais interne et ne revenais à Beurey que pour Noël, Pâques et les grandes vacances d’été. L’Assistance publique venait alors nous chercher pour nous ramener chez nos familles. Tous les matins nous devions nous lever aux aurores et assister à la messe puis nous déjeunions dans la salle de classe. Ensuite, nous enchaînions avec des cours généraux de mathématiques, de français et d’histoire. Le midi, nous devions marcher presque trois kilomètres pour nous rendre au réfectoire appartenant à l’école qui ne disposait pas de salle qui aurait pu servir de cantine. De retour en classe, nous nous exercions, l’après-midi, au repassage, à la couture, au tricot ou à la broderie fine. Le soir, nous devions assister aux vêpres avant de repartir au réfectoire pour diner et revenir à l’école nous coucher. Tous les jours, nous répétions ce même rituel. Cette vie, qui peut paraître très austère, me convenait plutôt bien. Il n’y avait qu’une chose que j’abhorrais par dessus tout : les corvées de lessive. Nous lavions, tour à tour et à la main, le linge de l’ensemble des internes de l’école. Nous le laissions tremper dans de grosses bassines remplies d’eau de javel puis frottions, à l’eau froide,  des vêtements souvent tachés et détrempés afin qu’ils redeviennent blancs.

Nous n’étions que des filles et je me fis beaucoup de nouvelles amies. Les sœurs, qui étaient également nos professeurs, étaient assez strictes mais restaient très gentilles et bienveillantes avec nous, exceptée la mère supérieure. Elle lisait toutes les lettres que nous recevions. Plusieurs fois durant ma scolarité, je m’étonnais de trouver mon courrier ouvert avant que les filles de l’internat m’informent que la directrice se permettait de lire le courrier de toutes les élèves afin de s’assurer que leur contenu ne soit pas « déplacé ». Souvent, lorsque mon frère Michel et le frère de ma mère m’écrivaient, la directrice me demandait qui étaient ces hommes qui m’envoyaient des lettres et elle ne manquait jamais de me rappeler sévèrement que l’on ne recevait pas de courrier de la part de personnes de sexe masculin au sein de l’école. Je ne tins pas rigueur de ses propos, j’étais trop heureuse d’avoir du courrier, moi qui en recevais si peu.

« A travers mes yeux » Laurette K.